Ce que j'apprends chaque jour

Villequier et le drame du 4 septembre 1843.

Décembre 2014

Le 4 septembre 1843 eut lieu à Villequier, petite commune située en Seine Maritime dans une des boucles de la Seine, ce qui fut sans doute le plus grand drame de la vie de Victor Hugo : sa fille aînée Léopoldine, mourut dans le renversement d’un bateau sur la Seine avec son époux et plusieurs membres de la famille.

Le Musée Victor Hugo, les tombes de la famille Hugo et la statue de Victor Hugo évoquent cet épisode.

1 – Le Musée Victor Hugo.
2 – Le petit cimetière de Villequier, accolé à l’église où se trouvent plusieurs tombes des familles Hugo et Vacquerie.
3 – La statue de Victor Hugo scrutant le fleuve.

Le drame

Le numéro du Siècle daté du jeudi 7 septembre 1843, relate avec beacoup de précision le drame de Villequier :

« On lit dans le Journal du Havre : Un affreux événement qui va porter le deuil dans une famille chère à la France littéraire est venu, ce matin, affliger de son bruit sinistre notre population qui, parmi les victimes, compte des concitoyens.

« Hier, vers midi, M.P. Vacquerie, ancien capitaine et négociant! du Havre, qui habite à Villequier une propriété située sur les bords de la Seine, ayant affaire à Caudebec, entreprit d'accomplir ce petit voyage par eau. Familier avec la navigation de la rivière et la manoeuvre des embarcations, il prit avec lui, dans son canot gréé de deux voiles auriques, son jeune fils âgé de dix ans, son neveu M. Ch. Vacquerie et la jeune femme de ce dernier, fille comme on le sait de M. Victor Hugo.

« Parti de Villequier avec le jusant, le canot fut rencontré vers midi trois-quarts, louvoyant avec faible brise de N.-O. par le bateau à vapeur la Petite Emma, capitaine Durosan, qui, en le perdant de vue, vint toucher à Villequier pour prendre un pilote et y mouilla, faute d'eau. Une demi-heure à peine s'était écoulée que l'on fut informé à terre qu'un canot avait chaviré sur le bord opposé de la rivière, par le travers d'un banc de sable appelé le Dos-d'Ane. On courut immédiatement au lieu de l'accident.

« Le canot était coiffé, ayant ses voiles bordées dont les écoutes étaient imprudemment tournées à demeure. En le redressant, on trouva dans l'intérieur un boulet et une grosse pierre servant de lest, et le cadavre de M. Pierre Vacquerie incliné et la tête penchée sur le bord.

« Les trois autres personnes avaient disparu. On suppose d'abord que M. Ch. Vacquerie, nageur très exercé, avait pu, en cherchant à sauver sa femme et ses parents, être entraîné plus loin. Mais rien n'apparaissant à la surface de l'eau, au moyen d'une seine on dragua les environs du lieu du sinistre et, du premier coup, le filet ramena le corps inanimé de l'infortunée jeune femme, qui fut transportée à terre et déposée sur un lit.

« Au moment où le capitaine Durosan, qui nous communique ces détails, quittait cette scène lamentable, la seine venait d'être une seconde fois jetée, et à la manœuvre des embarcations on présumait que les cadavres des deux dernières victimes avaient été retrouvés.

« Mme Victor Hugo a appris ce matin au Havre, qu'elle habite depuis quelque temps avec ses deux autres enfants, le terrible coup qui la frappe dans ses affections de mère. Elle est repartie immédiatement pour Paris. M. Victor Hugo est actuellement en voyage. On le croit à La Rochelle. »

Et l'article se terminait par une nouvelle de dernière heure : « Le Courrier du Havre annonce que les corps des deux autres victimes ont été retrouvés. »

Villequier, le lieu du drame en 2014

Le Musée Victor Hugo

En 1951, le Conseil Général de Seine-Maritime rachetait aux descendants Vacquerie, la maison avec son jardin tandis que les bâtiments annexes ruinés lors de la dernière guerre devenaient propriété de la commune de Villequier.

Le musée fut inauguré en 1959 grâce à de multiples donations réalisées par les héritiers de la famille. On y retrouve une double évocation des familles Hugo et Vacquerie liées par le drame du 4 septembre 1843 au cours duquel périrent noyés en Seine, presque devant la maison, le jeune couple Léopoldine Hugo-Charles Vacquerie ainsi qu’un oncle et un neveu. Tous les quatre furent inhumés au cimetière de Villequier, rejoints plus tard par Adèle, épouse de Victor Hugo puis par leur deuxième fille également prénommée Adèle.

Aujourd’hui Auguste Vacquerie figure en bonne place grâce à de nombreux documents mais c’est à son père Charles Isidore Vacquerie (1779-1843) que l’on doit la maison actuelle, véritable résidence secondaire pour la famille domiciliée au Havre. Capitaine au long cours, le père Vacquerie était devenu un armateur prospère. Un de ses deux fils, Charles épousa Léopoldine Hugo, fille du célèbre écrivain. Admirateur de Victor Hugo, c’est le second fils Auguste qui permit le rapprochement entre les familles Hugo et Vacquerie.

Villequier, le Musée Victor Hugo

L'Eglise Saint-Martin de Villequier et le cimetière


Les tombes des familles Hugo et Vacquerie

Tombe de Léopoldine Hugo (1824-1843) et de son époux Charles Vacquerie (1817-1843)

Tombe d'Auguste Vacquerie (1819-1895), frére de Charles, condiciple de Paul Meurice et vouant une grande admiration pour Victor Hugo

Tombe d'Adèle Foucher (1803-1868) épouse de Victor Hugo

Tombe d'Adèle Hugo (1830-1915) fille cadette de Victor Hugo

Le souvenir


Villequier, statue de Victor Hugo scrutant le fleuve

Du drame de Villequier, nous conservons un immortel poème :

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et, quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

3 septembre 1847 (Les Contemplations).